L'app du bien manger et du boire vivant !

Fine Gueule

Anabelle Meyer

Salut Anabelle, peux-tu nous raconter ce que tu fais ?

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Je suis entre le Pays basque, le Béarn, et la vallée d’Ossau, installée en entreprise individuelle agricole depuis 2024. J’élève un troupeau de 30 vaches béarnaises, une race ancienne de bovin qui est aujourd’hui menacée d’extinction. Elles existent depuis la nuit des temps. Dans les années 40, il y en avait encore 250 000. Elles ont commencé à disparaître après la seconde guerre mondiale, avec l’industrialisation, pour n’en rester plus qu’une trentaine dans les années 80. Un épurement très drastique. Or, ce sont des vaches très polyvalentes et très rustiques, mais pas suffisamment productives dans une seule catégorie pour les élevages plus classique. Avant, on les utilisait pour le travail, pour élever un veau qui ferait de la viande pour la famille, ou pour les traire. Je milite pour que l’on revienne à ces schémas. Je travaille avec ces animaux menacés d’extinction pour préserver leur patrimoine génétique et remettre au goût du jour des pratiques disparues, plus polyvalentes.

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Comment es-tu arrivée dans le métier ?

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J’ai étudié la façon dont les labels, l’origine, et la qualité des produits sont des leviers pour faire vivre et développer des territoires, en géographie. En master 1, j’ai commencé à travailler dans des fermes, étudié comment elles étaient implantées dans le territoire, leur impact, puis en deuxième année je me suis orientée vers l’élevage à l’herbe.

Les herbivores (vaches, chèvres, brebis) ont un système digestif conçu pour manger de l’herbe, mais depuis les années 60 on leur fait manger du maïs et plein d’autres choses pour qu’ils soient plus productifs. La pratique de l’élevage exclusivement à l’herbe est devenue extrêmement rare aujourd’hui, elle est réduite à environ deux élevages par département. Mon projet de fin d’études consistait à étudier l’impact positif de l’élevage à l’herbe sur l’environnement, mais aussi socialement, ainsi que sur la qualité des produits issus de cet élevage (plus nutritifs). J’ai ensuite rattrapé un diplôme d’ingénieure agronome à Agro Paris Tech qui m’a permis d’avoir la capacité agricole.

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Ensuite j’ai été embauchée par une association nationale d’éleveur·ses qui promeut l’élevage à l’herbe. J’ai travaillé partout en France, pendant deux ans. C’est ce qui m’a donné envie de faire ce métier. Mon père avait une ferme en Charentes (il n’est pas agriculteur à temps plein mais on y allait tous les week-ends) mais je n’avais pas vraiment compris que ça pouvait être un métier avant de rencontrer des jeunes de mon âge, des paysan·ne·s, qui le faisaient de cette manière, avec des animaux en plein air qui ne mangent que de l’herbe, dans un système où tu ne dépend que de tes animaux et d’un réseau territorial, sans être endetté.

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J’ai appris sur le tas, je n’ai pas été formatée par les écoles d’agricultures qui t’apprennent à donner des céréales, du maïs, avoir un tracteur et des vaches dans un bâtiment…

Quand je me suis installée, mon idée était de revaloriser des territoires qui ne le sont pas, des zones délaissées par l’élevage (soit parce que les zones sont devenues des zones de cultures, ou parce que les animaux sont la plupart du temps en bâtiment). Au Pays Basque, je pâture des terrains communaux où on ne mettait plus les animaux depuis cinquante ans. On les brûlait pour les entretenir et toucher la PAC. Par ma formation autour de l’herbe, j’ai tout de suite vu le potentiel de ce genre de terrain, mais on ne peut pas y mettre n’importe quels animaux. Des animaux sélectionnés pour manger du maïs y mourraient, cela ne serait pas assez riche pour eux. C’est donc ce qui m’a fait aller vers des races anciennes.

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Pourquoi les vaches ?

       Ce sont des animaux très rustiques, et comme on en a peu, on peut vraiment avoir un lien avec chaque animal. J’ai découvert la race de vache béarnaise, qui est vraiment très rustique, et pleine de potentiel puisqu’on peut en faire du lait et de la viande, et j’en suis tombée amoureuse. Il n’y en a que 500 dans le monde entier, donc c’est compliqué de monter un troupeau. Elles mettent beaucoup de temps à grandir, et arrivent à taille adulte au bout de cinq ans (quand une vache sélectionnée n’en met que 2). Mais j’ai eu l’opportunité de récupérer un troupeau d’une quinzaine de vaches, qui appartenait à une femme qui était dans le même état d’esprit que moi, sur l’alimentation, et le lien aux bêtes. Le troupeau était très docile, vraiment super. Dans un système tout le temps en plein air, c’est important d’avoir des animaux dociles, que tu peux traire, déplacer, caresser.

J’ai récupéré le troupeau avec un système de bail à cheptel, un système très ancien qui date de Napoléon, quand les riches possédaient du bétail et le louaient à des gens moins riches. Une juriste très compétente et innovante m’a permis de reprendre ce système. Je loue mes vaches, et mon loyer consiste à donner de la viande. Une fois par an, je donne un veau. Je peux aussi décider de racheter mon bétail petit à petit, ou rester ainsi.

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Avec le troupeau, j’ai repris une estive en haute montagne (pâturage d’été) où allait le troupeau depuis quinze ans. J’ai pu ainsi m’installer. L’estive est une association, un groupement pastoral composé et géré exclusivement par des femmes, qui élèvent des vaches, des chèvres, des brebis, des cochons… Je n’ai rien d’une montagnarde mais j’ai des vaches qui connaissaient tellement bien la montagne que je les monte fin juin, et je vais les chercher fin septembre, sans avoir besoin d’y aller souvent. Les bergères, dans les cabanes, là-haut, surveillent si elles ont un besoin spécifique.

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On peut faire du pâturage à l’herbe toute l’année ?

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Cela dépend des régions. Pas sur les terrains enneigés ou très pauvres. C’est une gestion très technique dans ces paysages. Mais nous, dans le Sud-Ouest, on peut faire du pâturage toute l’année. En zone de montagne il y a aussi des paysans qui ne nourrissent qu’à l’herbe mais donne du foin dans les bâtiments.

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Quel bénéfice tirent les bêtes des changements de terrain ?

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Dans un contexte de changement climatique, le premier bénéfice est de ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier. Avoir des territoires très divers permet d’assurer ses arrières. Les communaux, les prairies, ou les montagnes que je pâture ne sont pas très riches et productifs, mais par contre très résistants face aux aléas climatiques. Le concept de robustesse est au coeur de mon système. Cet été, dans les terrains communaux, en bas, c’était le seul endroit où il restait de l’herbe fraîche, abritée par les fougères.

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Comment as-tu développé le nomadisme ?

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Par contrainte, car les terres agricoles coûtent très cher, il y en a peu de disponibles, et il faut s’endetter pour les acheter. Je suis partie du constat qu’il y avait des terrains communaux où il n’y avait personne et où les vaches pouvaient pâturer de mars à octobre. Puis je suis allée à Sauveterre-de-Béarn, où j’avais des ami·e·s. Ce territoire est marqué par la déprise de l’élevage. Il y a  de moins en moins de paysan.ne.s, et seulement des élevages de blondes d’Aquitaine, nourries en bâtiment plutôt qu’à l’extérieur. Les surfaces ne sont donc pas pâturées, et il y a beaucoup de terrains à l’abandon, ou avec de l’herbe à pâturer, disponibles. J’y ai vu le potentiel.

J’ai été accueillie dans une ferme, par un paysan bio, qui cultivait sans travail du sol (en régénération). Il avait 25 hectares et n’en utilisait qu’une partie, donc il m’a donné la possibilité de pâturer sa surface. Depuis, j’en ai trouvé au moins le triple : des espaces délaissés, qui s’embroussaillent, que je clôture et où je mets mes vaches.

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L’hiver, mes vaches sont dans des prairies que les gens ont abandonnées. Très peu de gens veulent le type de terrains que je recherche donc il y a beaucoup d’opportunités. Mais il faut avoir des clôtures, apporter l’eau, et avoir des animaux adaptés, très robustes.

La commune qui me donne un terrain m’a aidée à clôturer, car c’était monumental, et ils ont en plus installé des abreuvoirs avec l’eau du réseau. Par un soutien politique local, ça a été possible.

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L’avantage est que je paie très peu en terme de fermage, que je n’ai rien eu à acheter, et que mes animaux, qui ont accès à une alimentation exclusivement à l’herbe, très diversifiée, sont en très bonne santé.

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Comment tu organises concrètement ton élevage ?

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L’élevage est très contraignant, c’est un métier en continu (qui peut parfois monter à 90 heures par semaines, à la période où je fais du fromage).

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J’ai plusieurs lots comme il y a beaucoup d’animaux. Les jeunes vaches qui ne font pas de lait vont de mars à octobre dans les communaux en basse montagne au Pays Basque. En parallèle je traie les vaches qui font du lait de mars à juin, au Pays Basque. Je suis hébergée par un ancien éleveur laitier, avec qui on s’entraide dans les périodes de rush. Il me laisse utiliser sa salle de traite. Je les laisse avec les veaux et je sépare les veaux le soir, avant de traire le matin. Les veaux tètent la journée. J’ai une saison de lait au printemps. Je fais du fromage (cela représente un tiers de mon économie). Ensuite les vaches partent tranquillement en estive à la montagne avec leurs veaux, pour l’été.

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Fin septembre, je les descend dans la plaine, en Béarn (où je vais les voir tous les jours) ou dans les communaux au Pays Basque (où je vais régulièrement).

À l’automne, j’abats les veaux qui doivent être tués (des mâles d’environ sept à huit mois qui sont allés à la montagne avec leur mère). Un cheptel augmente de façon exponentielle, donc je ne peux pas garder toutes les bêtes. Je vends la viande en direct en caissette de veau, ou en bocaux cuisinés (un autre tiers de mon économie). De temps en temps, je tue une vache que je vend à un boucher, mais mes animaux ne sont pas conformes à ce que veut le marché (à savoir des animaux gros et bien gras, conformés : tant de poids, tant d’os), car les miens n’ont pas été sélectionnés pour être comme ça. Je ne peux travailler qu’avec des bouchers engagés, par exemple avec Bidoche à Paris ou Bouche à Bordeaux.  

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L’hiver est la période la plus critique, les animaux prennent la pluie, parfois la neige, donc il faut qu’ils aient une bonne alimentation. En plaine, c’est très humide, mais il y a à manger.

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Tu les déplaces à pied ?

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Quand nous sommes en bas, dans les plaines et les communaux, oui. Mais sinon, on a deux à trois heures de marche, puis deux heures dans un gros camion, avec un étage, qu’elles ont l’habitude de prendre deux à trois fois dans l’année.

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Tu peux nous parler de ton rapport à tes bêtes ? De la problématique de l’abattage ?

J’ai envie de leur apporter le mieux. Toutes mes vaches ont un prénom, je connais leur caractère, je connais leurs filles, leurs petites-filles, leurs arrière-petites-filles, leurs mères, leurs pères, leurs grands-pères, etc. Comme ce sont des races menacées d’extinction (donc peu d’individus), je connais tout leur arbre généalogique.

J’abats peu mes vaches. Quand je tue des veaux, c’est toujours super dur, je fais une petite cérémonie pour leur dire qu’ils vont partir, rentrer dans le cycle, qu’ils vont nous nourrir après que nous les ayons nourris. Le plus dur est de les amener à l’abattoir, tu te délestes aussi un peu de cette responsabilité de les amener à la mort, et je ne suis pas fière de ça. Je milite pour l’abattage à la ferme.

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Les abattoirs sont très opaques, c’est le seul maillon que je ne peux pas maîtriser. On a le droit de tuer un veau par an, pour sa propre consommation, mais le reste, pour la vente, doit se faire obligatoirement à l’abattoir. J’essaie de résister à cela. L’abattoir coûte très cher, et est très stressant pour les animaux, qui attendent des heures dans des pièces en entendant les autres animaux gueuler. Il y aurait des techniques bien mieux à la ferme, et moins coûteuses.

De plus, dans les abattoirs, il y a de la viande qui disparait, à chaque bête abattue il manque de la viande. Quand on te vole 20 kilos de viande à 20 euros le kilo ça fait 400 euros en moins, c’est énorme.

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Anabelle et ses vaches. photographie : ©Patxi Beltzaiz

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Quels sont les enjeux d’un modèle comme le tien ?

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Plus les animaux sont rustiques, moins ils sont malades, mais moins ils sont productifs. Mon modèle ne fonctionne que sans charge. Il faut trouver la rentabilité. Le secteur agricole est le seul où l’on est autorisé à vendre à perte, où personne ne calcule ses coûts de production. C’est ce que tout le monde fait mais cela n’est pas durable. Dans mon système, j’ai très peu de charges, mais j’essaie de tout valoriser au maximum. Il faut avoir un bon circuit de production, et de commercialisation.

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Comment as-tu vécu la sécheresse de cet été ?

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Cela n’a pas changé grand-chose pour mes vaches. J’en ai souffert personnellement, et elles ont eu un peu chaud. Mais mes vaches sont, soit dans la forêt, soit en montagne, soit dans les communaux, donc elles souffrent moins que d’autres.

De façon générale, il y a beaucoup moins d’herbe partout. À la montagne, normalement l’herbe commence à pousser le 1er mai jusqu’au 15 août. Là, elle a commencé le 1er mai mais elle s’est arrêtée de pousser le 30 juin. En tant que paysan·ne·s, l’herbe est l’alimentation gratuite pour nos animaux, donc ça peut vite plomber des économies.

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Pour l’eau, on a dû utiliser, à un des endroits, l’abreuvoir relié au réseau. Mais sinon, les endroits que j’occupe sont souvent en fond de vallée, très en pente, près de ruisseaux, et en général, il y a de l’eau qui passe. La consommation d’eau des vaches varie beaucoup, en fonction de si elles font du lait, de ce qu’elles mangent (car quand elles mangent de l’herbe elles s’hydratent et au contraire le foin les assoiffe). Les races de vaches anciennes boivent beaucoup moins que les vaches sélectionnées - qui consomment 50 litres d’eau par jour - c’est aussi la raison pour laquelle il y a beaucoup moins d’eau dans leur viande quand tu la fais cuire. L’hiver, parfois, mes vaches ne boivent pas pendant deux jours.

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As-tu entendu parler des problématiques dans d’autres élevages avec la canicule ?

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Ceux qui ont le plus souffert sont les élevages classiques, qui sont les plus dépendants des achats extérieurs. Plus tu dépends du système, plus tu vas subir sa crise. Les charges ont augmenté drastiquement. Des gens ont perdu des centaines de milliers d’euros. L’herbe, c’est gratuit, mais si tu n’en as plus, tu dois payer pour nourrir les bêtes, et cela coûte cher. Normalement, tu fais tes stocks l’été pour le reste de l’année...

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Peux-tu nous parler des problématiques générales rencontrées par les éleveur·se·s ces dernières années ? Les vaccinations par exemple ?

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La France exporte quasiment 90 % de sa production (maïs, poulets, bovins…). Les bêtes partent être engraissées en Italie, au Maroc, avant de revenir en viande… Le commerce européen et international touche aussi les animaux. Pour pouvoir continuer ce commerce lucratif, la France doit appliquer des règles strictes. Tout comme les agences de notation financière attribuent une note économique (comme AA), il existe une note sanitaire attribuée par plusieurs organismes. Cette note est essentielle pour pouvoir exporter à des prix élevés auprès de partenaires commerciaux. La France met donc en place des normes de biosécurité, qui regroupent la gestion de l’élevage en France, pour pouvoir exporter.

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De façon générale, l’État français est en train d’industrialiser les pratiques agricoles. En élevage, il y a toujours eu des maladies. Mais, avec le changement climatique, et l’intensification des pratiques, les maladies sont de plus en plus présentes, importantes, et font de plus en plus de dégâts. Par exemple, il y a une maladie potentielle chez les cochons, la peste porcine, et donc  l’essor de cette maladie a été encadré par des règles. Ou, depuis la grippe aviaire, les normes de biosécurité dans les élevages de volailles (canards, poulets) interdisent de sortir les bêtes pendant six mois de l’année. En dessous de 250 volailles, ils peuvent encore le faire en passant sous les radars, mais au-dessus, tu n’as plus le droit d’avoir une volaille en plein air, toute l’année, sans être dans l’illégalité. Plus les animaux sont mal nourris, et élevés de façon industrielle, plus ils sont malades, et les normes mises en place par l’Etat sont calqués sur les élevages intensifs. C’est absurde que des normes pour des élevages de 1 000 vaches, ou de poulet hors sol, s’appliquent à un élevage de 10 vaches ou de poulets en plein air…

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Il y a une liste de maladies, comme la tuberculose bovine, qui sont testées et détectées, et comme l’état ne peut pas tolérer qu’on les détecte, ils ont mis en place un protocole qui impose aux éleveur·se·s d’abattre leur troupeau entier. J’encourage tout le monde à se renseigner sur le sujet de la tuberculose bovine, qui a fait beaucoup de bruit au sein du monde paysan, à cause des abattages totaux, et pour laquelle nous avons réussi à faire jurisprudence, en nous battant avec la Confédération Paysanne pour des abattages partiels. En Haute-Savoie, ils ont fait abattre des troupeaux entiers l’automne dernier, par précaution, à cause de la dermatose nodulaire contagieuse. Mais je précise que ce ne sont pas des maladies dangereuses pour l’Homme, et pas forcément pour les troupeaux : seuls les animaux plus faibles en meurent, c’est un risque connu de l’éleveur·se. Le fait d’abattre est une mesure qui sert uniquement à protéger la note pour l’exportation.

Les gros élevages, à la FNSEA, ne sont pas ennuyés de ce genre de mesures, ils sont pro-abattage et pro-vaccins, car eux aussi dépendent du commerce international. Ils font un lobbying monstrueux. Ils ont beaucoup d’animaux et des primes quand les animaux sont abattus. Donc s’ils en abattent beaucoup, ils touchent beaucoup. Quand tu as seulement 50 animaux, tu n’es jamais indemnisé à la hauteur de la valeur sentimentale, et génétique, du lien, que cela représente, ou de la docilité que tu as créée avec tes animaux.

Des petits élevages ne peuvent pas respecter les normes mises en place pour les élevages hors sol, car cela n’a rien à voir. Par exemple, depuis la peste porcine, en élevage de porc (seulement 2 % des porcs sont élevés en plein air en France), pour aller dehors il faut installer des doubles barrières alors que c’est extrêmement coûteux, et que les élevages de porc sont souvent en forêt, donc au niveau pratique ce n’est pas faisable. Les règles sont déconnectées des réalités du métier, et poussent vers des modèles qui enferment les animaux. Les consommateurs ne veulent pas ça, mais il y a un mur de fer entre le monde agricole, et la population, que l’État veut maintenir, pour que les gens ne sachent pas ce qu’il se passe réellement, ni les normes qu’il impose. La mise aux normes tue les petites fermes. Quand tu as 3000 euros de trésorerie tu ne peux pas investir dans des clôtures à 50 000 euros…

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Concernant les vaccins en particulier, il y en avait un contre la DNC des bovins, récemment, qu’ils ont inoculé de force à tous les élevages. Personnellement, je m’y suis opposée, j’ai lutté pendant six mois, mais ils ont suspendu mon activité, ont bloqué mes achats, mon commerce, et mes déplacements, donc j’ai été obligée de céder.

Cette maladie, comme toutes les autres, les animaux peuvent s’immuniser contre. Les races anciennes qui ont traversé des siècles s’y sont toujours habituées, y ont toujours résisté. Si une ou deux meurent, c’est le prix de l’immunisation.

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Est-ce que tu veux ajouter quelque chose ?

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Les paysan.ne.s ont besoin que la population s’intéresse à la réalité des petites fermes, sache ce qu’il s’y passe, et les soutienne à travers leurs actes d’achat, car on vote trois fois par jour en mangeant !

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Merci, Anabelle !

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photo de couverture ©Sabina Hourcade

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